Faire d’une tragédie une vocation

Quand Dieu vous vient en aide, suivez son appel

Steven Sukkau

Huit mois après l'accident de voiture qui a bouleversé sa vie c’est en Zambie que l’on retrouve Jerry Poelman en train de construire une école en mémoire de sa fille.

« Ça a été un voyage extrêmement émouvant », nous dit-il. Alors que le projet d’origine se limitait à la construction d’une seule école, une question fait rapidement surface : « Allons-nous vraiment nous arrêter là ? ».

« Dès l’instant où nous sommes rentrés, nous avons immédiatement senti le besoin de repartir. »

En l'honneur de sa fille Kyndra, Poelman et sa famille ont créé une fondation visant à collecter des fonds et à envoyer des équipes en Afrique pour soutenir des initiatives éducatives aux côtés de l’association EduDeo.

Il nous explique qu’au cours des dernières années, sa famille a été bénie par Dieu, en dépit du deuil immense qui les a frappés. Le Seigneur leur a transmis la vocation du travail missionnaire et depuis, tous les membres de la famille ont donné de leur personne pour la cause. Ce fut également le cas de leur plus jeune fille Kyndra qui s’est investie dès 2009.

« Bien avant l'accident de Kyndra, Dieu nous avait déjà livré tous les enseignements nécessaires pour nous apprendre comment nous relever après une tragédie », dit-il.

« En 1986, nous avons perdu notre petite Kimberly Ann, seulement deux jours après sa naissance. C’est à ce moment-là que nous nous sommes tournés vers Dieu et que nous avons reconnu Jésus comme notre Seigneur. En 2011, Kyndra a perdu sa main gauche lors d’un accident. À nouveau, nous nous en sommes remis à Lui. »

Par miracle, sa main a pu être recousue et en à peine deux ans, elle a pu en retrouver l'usage.

Poelman a été témoin du développement positif de sa fille, de la petite fille frustrée et malheureuse qu’elle était avant l'accident jusqu’à son épanouissement lors de la préparation de son entrée à l'université à l'automne. Mais en 2014, Kyndra trouve la mort dans un accident de voiture sur la route de Lethbridge où elle se rendait pour un examen.

Cette tragédie les a frappés le jour du 28e anniversaire de Kimberly, la fille qu’ils avaient perdue par le passé.

« Toute notre famille a été anéantie. Nous étions dévastés, mais au cours des semaines qui ont suivi l’accident, Dieu est entré dans nos cœurs pour nous montrer le chemin vers le Seigneur mais également comment tirer du bon de cette tragédie. Depuis toujours, notre mission dans la vie est de transmettre l’Évangile de Jésus-Christ aux enfants et aux plus démunis, mais également à tous ceux qui en ont besoin. De ce triste événement, nous avons fait quelque chose d'éternel, une expérience qui peut changer des vies. Tout cela a été rendu possible uniquement parce que Dieu est entré dans nos cœurs. Sans Lui, rien de tout cela n’aurait pu se produire. Dieu a ce pouvoir d’émanciper ceux qui ont été brisés par la vie et de les mettre à son service pour accomplir Ses bonnes œuvres. »

Cela fait maintenant quatre ans que la fondation organise un dîner annuel de vente aux enchères. L’année dernière, l’événement a rassemblé 250 personnes au bénéfice des églises locales et de la communauté.

Poelman espère parvenir encore longtemps à soutenir le peuple zambien. D’après lui, tous les participants aux voyages missionnaires de construction d'écoles en sont revenus totalement transformés. D’après Poelman, tant que Dieu continuera à fournir l'énergie et les ressources nécessaires au soutien de sa cause, il ne s’arrêtera pas. Il possède même une longue liste de personnes qui souhaitent participer dès cet automne à leur prochain voyage.

Tous les drames qu’il a connu dans sa vie sont la preuve incontestable de la capacité de Dieu à « faire du bien à partir du mal », dit Poelman.

« Lorsque vous perdez un être cher, le deuil vous brise et vous abat... Ça a été la période la plus difficile de ma vie, mais c’est également celle où je me suis senti le plus proche de Dieu. »

« Je dirais même que je pouvais le ressentir. »

C’est dans ces moments-là, selon Poelman, qu’on est le plus réceptif au projet de Dieu.

Cependant, il n'a jamais caché sa souffrance : « ça n'a pas été facile à surmonter », mais il n’en reste pas moins reconnaissant d'avoir eu l’opportunité de se mettre au service du Christ.

Il revient à chacun de gérer sa souffrance à sa manière, mais pour Poelman, c’est en construisant des écoles qu’il a trouvé le chemin de la guérison.

« C’est dans le drame que naît la compassion », avoue-t-il.

Il y a quatre ans, lors de leur premier voyage en Zambie, le chef de la tribu venait tout juste de perdre sa fille. L'équipe n’a pas pu démarrer le travail immédiatement, car la communauté locale était en période de deuil. « Ce pays traverse tellement de malheurs. »

Depuis la tragédie personnelle qui l’a frappé, sept groupes sont partis en voyages avec EduDeo. Poelman témoigne de cette expérience inoubliable : « On passe par toutes sortes d’émotions. Nous éprouvons de la reconnaissance pour ce que nous avons, mais également pour la joie que nous voyons dans les yeux de ceux qui vivent dans la pauvreté. »

Tout compte fait, dit-il, ce qu’il faut retenir, c’est que si l’on souhaite mener une vie enrichissante et avoir un impact sur le monde, il suffit d'avoir foi du quotidien. « Nous aurons toujours l'occasion d’en faire plus. »

« Cette congrégation, nous ne l'avons jamais vraiment planifiée. Créer ce ministère n’a jamais été dans nos projets et sans notre foi, tout cela n'aurait peut-être pas existé. En réalité, les fondations étaient déjà présentes. Un drame a chamboulé nos vies et nous nous en sommes remis à Dieu. Il nous a guidés dans une voie que nous ne pensions jamais emprunter un jour. »

Selon lui, au-delà d'une foi inébranlable, la clé, c’est d'être sensible à sa vocation.

« Lorsqu’un désir ou une volonté vous pousse à faire quelque chose, laissez-le s’exprimer... c’est Dieu qui vous confie une mission. »

STEVEN SUKKAU est journaliste et habite à Winkler, au Manitoba, où il partage son temps entre les nouvelles du jour, s’occuper de son enfant et aller au cinéma avec sa femme.