De sans emploi à sans limites

Un chef d’entreprise du millénaire fait taire les sceptiques

Rob Horsley

Darrell Keezer n’est pas du genre à faire du surplace . L'énergie est la qualité première qu’il demande à ses employés et à 34 ans, sa jeune, mais déjà riche carrière a toujours été marquée par un grand dynamisme. Et aujourd’hui, ses entreprises sont plus prospères que jamais.

Keezer est le directeur général de CandyBox Marketing et de Launch48, deux entreprises basées à Mississauga en Ontario proposant à leurs clients d’augmenter le taux d’engagement en ligne. Candybox est une agence de marketing qui utilise de nombreux outils et savoir-faire pour permettre à ses clients d’être plus visibles auprès de leurs usagers grâce à différents services tels que des placements publicitaires, des stratégies de médias sociaux ou l’amélioration de l’expérience utilisateur sur leur site web. >

C’est ce dernier volet qui a donné naissance à Launch48. Cette entreprise partage les mêmes bureaux que Candybox, mais il s’agit d’une entité distincte composée de sa propre équipe. Launch48 se spécialise dans la conception de sites internet en seulement 48 heures pour les petites entreprises ou les associations. L’équipe de Keezer met au point des stratégies de contenu pour ses clients, conçoit leur site internet et se charge également de les former à l’utilisation de leur nouvelles plateforme. Keezer a travaillé pour plusieurs églises d’Ontario, pour des camps d’été, des entreprises spécialisées dans l’investissement, la gestion de patrimoine et l’immobilier, ainsi que pour ThisIsMe TV, un projet de contenu vidéo en ligne lancé en partenariat avec Hommes de Parole Canada.

DES DÉBUTS DIFFICILES

En novembre de l’année dernière, Keezer a publié son premier ouvrage, Pick Up Your Freaking Phone: The New Rules for Entrepreneurs. Ce livre décrit son parcours et comment il a décidé de se lancer sur la voie de l’entrepreneuriat après des débuts en tant que chef de projet dans une entreprise spécialisée dans les logiciels-services.

« J’ai une formation en marketing, mais le poste pour lequel j’ai été embauché était davantage orienté vers les technologies de l’information - j’ignore pourquoi », déclare-t-il. « Mais j’ai aidé cette petite entreprise à se développer considérablement. »

« J’ai fait des études en marketing, mais j’ai été embauché pour un poste d’informaticien – je ne sais pas pourquoi », déclare-t-il. « Mais j’ai considérablement aidé cette petite entreprise à se développer ».

Dès le départ, Keezer démontre sa capacité à produire de bons résultats, son équipe s’agrandit et l’entreprise commence à susciter des convoitises de plus gros joueurs.

« Au départ, je ne dirigeais qu’une seule personne, mais après deux ans, je crois que mon équipe était composée de 9 employés que j’avais tous embauchés personnellement », déclare-t-il. « Pourtant, je sortais tout juste de l’école. »

Malgré ce succès précoce, le penchant naturel de Keezer pour les entreprises en démarrage s’est terminé sur un échec majeur.

« L’entreprise s’est tellement développée que les sollicitations de rachat ont commencé... Nous avons été rachetés par une plus grosse entreprise, mais peu de temps après, elle a été frappée par la récession et a dû licencier l’ensemble du personnel. »

Keezer a quitté l’entreprise avec seulement 8 000 dollars d’indemnités de départ. Il s’est alors retrouvé face à un marché de l’emploi au ralenti et une famille à nourrir.

« J'ai été littéralement viré en 2008, au tout début de la récession - plus personne n’embauchait sur le marché. À cette époque, j’avais un enfant âgé de un an et ma femme était à deux mois d’accoucher de notre second. »

Keezer avait depuis des années pour idée de créer sa propre entreprise, mais les circonstances et la nécessité de subvenir rapidement aux besoins de sa famille ont accéléré son projet.

« Quand on est face à la pression et qu’on a que huit semaines pour trouver une nouvelle source de revenus… j’ai dû imaginer une solution très rapidement », déclare-t-il. « Le lendemain de mon licenciement, j’ai monté Candybox Marketing, j’ai pris mon téléphone et j’ai commencé à passer des appels. »

« Je me suis retrouvé face à la pression… je n’avais que huit semaines pour trouver un moyen de me verser un salaire… »

STRUCTURE ET STRATÉGIE

C’est à la fois son expertise en marketing, son désir de devenir chef d’entreprise, mais également l’urgence de subvenir aux besoins de sa famille qui ont poussé Keezer à fonder Candybox. Cette entreprise s’inscrit dans un contexte commercial émergent, qui vise à atteindre de plus en plus de nouveaux marchés en ligne.

« J'ai créé Candybox parce que j’avais identifié la nécessité pour les entreprises de bien réussir leurs campagnes numériques et je ne connaissais aucune compagnie qui répondait à ce besoin. »

Candybox a été classée 188e au « Growth 500 » 2018, la liste des entreprises canadiennes connaissant la plus forte croissance du pays. Parmi les agences de marketing, nous sommes arrivés en 16e position. Avec un développement aussi fulgurant, Keezer a dû entièrement repenser son rôle de directeur général.

Candybox a été classée 188e sur la liste des “Growth 500” 2018 répertoriant les entreprises canadiennes connaissant la plus forte croissance du pays. Parmi les agences de marketing, l’entreprise était en 16e position. Face à un développement aussi fulgurant, Keezer a dû entièrement repenser son rôle de directeur général. « Je dirais que chaque année, mes tâches quotidiennes changent radicalement », déclare Keezer. « Tous les ans, je dois réinventer mon travail pour m’assurer que je prends les bonnes décisions et être sûr que je vais dans la bonne voie. »

Jusqu’à présent, les résultats sont probants. Depuis cinq ans, Candybox double chaque année.

« Nous doublons de volume chaque année », affirme Keezer. Pourtant, le jeune chef d’entreprise reste très strict quant à ses horaires pour ne jamais laisser le travail empiéter sur sa vie de famille. Il se surnomme d’ailleurs « l’obsessionnel » pour souligner son intransigeance a toujours commencer le travail à 8 heures et à ne jamais quitter le bureau après 18h40. Mais il ne se paye que pour huit heures de travail quotidien. « C’est en accord avec mes valeurs »

« Quand 17 heures sonnent, je ferme mon ordinateur portable et je quitte le bureau. À ce moment-là, je redeviens un père de famille. Je ne veux pas passer 80 ou 90 heures par semaine au travail », déclare-t-il. « Bien sûr, faire des heures supplémentaires pourrait être bénéfique à l’entreprise, mais je m'astreins à un horaire strict pour être le plus disponible possible pour ma famille. »

Être un époux et le père de quatre enfants nécessite une séparation claire entre ses engagements personnels et professionnels.

« Dès le début, je voulais m’assurer de poser des frontières saines et solides pour ne jamais être tenté de dépasser les limites. »

Aujourd’hui, Keezer n’est plus impliqué dans le processus créatif au contact des clients autant qu’à ses débuts. Il passe davantage de temps à essayer d’attirer de nouveaux contrats à l’entreprise. Ces nouvelles tâches le forcent à être plus innovant tuant à l’organisation de ses journées et ses lieux de travail.

« J’ai entre sept et huit rendez-vous professionnels par jour… Je suis également conférencier principal pour près de 50 événements par an, alors j’essaie d’organiser mes rendez-vous en fonction de mon programme de la journée … Je suis un partisan du travail à distance, je ne suis jamais au même endroit. »

Ce revirement de carrière implique de se concentrer davantage sur les projets globaux de Candybox et de Launch48, mais Keezer a une confiance totale en son personnel qui fournit un travail de qualité pour les plus de 1 000 clients que les deux sociétés ont à leur actif.

« Je suis entouré d’une équipe créative formidable. Leur mission est d’imaginer toutes ces stratégies pour nos clients et ils savent très bien ce qu’ils font. »

LIVRER LES BONS SERVICES

Pour l’équipe de Candybox, l’objectif ultime est d’obtenir des résultats pour leurs clients en les aidant à mieux vendre leurs produits ou leurs services. Mais d’après Keezer, augmenter l’engagement des usagers sur les plateformes en ligne n’est pas une science exacte. C’est un processus qui ressemble davantage à la direction d’un orchestre.

« Sur le marché, des entreprises proposent de concevoir des sites internet, d’autres compagnies offrent du placement média et des publicités en ligne sur Google, d’autres encore sont spécialisées dans la gestion des réseaux sociaux. Mais la vérité, c’est que tous ces savoir-faire sont indispensables et complémentaires. Ce sont tous des instruments nécessaires pour créer une symphonie, et c’est cette symphonie qui va permettre d’attirer de nouveaux clients », déclare Keezer. « Chez Candybox, nous aidons nos clients à composer cette symphonie. »

Keezer expose l’exemple d’un camp chrétien qui désirait augmenter le nombre de ses inscriptions, un objectif largement dépassé grâce au travail de son équipe créative.

Candybox est parvenu à « augmenter considérablement le nombre d’inscriptions au camp année après année, sans pour autant changer leur contenu publicitaire », déclare Keezer, « simplement en modifiant le message diffusé sur leur site… »

« Je crois qu’au début il y avait 55 000 participants, mais nous leur avons permis de se développer à tel point qu’ils ont été obligés d’acheter une nouvelle installation pour accommoder les nouveaux inscrits. Pour nous, c’est une grande fierté. »

Un autre exemple est celui d’une entreprise de climatisation désireuse d’optimiser ses dépenses publicitaires.

« Nous n’avons dépensé que 12 pourcent de leur budget publicitaire de l’année précédente… pourtant, nous avons obtenu 6 fois plus de résultats grâce à un passage au marketing digital », déclare Keezer. « Nous gérons d’assez gros budgets et les attentes de nos clients s’ensuivent. »

Ces succès ont permis de fidéliser et de créer des partenariats solides avec leurs clients.

« Tous nos partenaires restent avec nous. Notre taux de fidélisation est 12 fois supérieur à celui de nos concurrents. Nous ne sommes pas obligés de courir sans cesse après de nouveaux contrats. Nous bénéficions de nombreuses références positives de clients qui ont été heureux de travailler avec nous. Pour être honnête, nous sommes même obligés de refuser beaucoup d’opportunités. »

Selon Keezer, l’une des raisons principales du succès de Candybox repose en grande partie sur la philosophie de l’entreprise, et leur engagement à réaliser à l’interne toutes les étapes de la stratégie marketing en ligne de leurs clients.

« Quand vous faites appel à nos concurrents, votre site internet sera construit par trois développeurs basés aux Philippines, vos campagnes publicitaires seront gérées depuis le Bangladesh, votre chargé de compte sera à Toronto et votre designer Web dans l’Utah. Est-ce que toutes ces personnes seront en mesure de bien comprendre ce que vous attendez d’eux ? Vont-ils travailler en équipe ? », demande Keezer. « Lorsqu’un client fait appel à nous, nous ne nous contentons pas de vendre nos services, mais nous mettons tout en œuvre pour l’aider à développer son entreprise ou son organisme grâce à une stratégie cohérente. »

LA QUESTION DU MILLÉNAIRE

À 34 ans, Keezer fait partie du groupe démographique des « milléniaux », une tranche d'âge (parfois appelée génération Y) née entre 1983 et 1996 souvent décrite comme le groupe devenu majeur au tournant du millénaire. Selon lui, personne ne devrait s’étonner de sa réussite professionnelle à un si jeune âge. Les milléniaux, dit-il, ont fait et continuent de faire de grandes choses.

« Il y a dix ans, [être jeune] était un obstacle à l’entrée dans le monde professionnel. Il m’était parfois difficile d'obtenir de gros clients, car ils me pensaient trop jeune pour gérer leur stratégie. Année après année, j'ai dû faire mes preuves », dit-il. « À 34 ans, je n’ai plus l’impression que tout cela soit un obstacle. Je pense qu’être « un entrepreneur millénial » est tout à fait accepté. Il y a des jeunes de 30 ans qui dirigent des compagnies d'un milliard de dollars de chiffre d’affaires. Aujourd’hui, je pense que c’est plus [accepté] que ça ne l’a jamais été. "

D’après certaines statistiques, environ 37% des travailleurs canadiens appartiendraient à la génération Y, des chiffres qui devraient atteindre les 50% d’ici 2020, bien que selon Keezer, cela pourrait déjà être le cas. En 2025, environ 75% de la population active du Canada sera composée de milléniaux. Quel que soit le nombre, Keezer affirme que pour les entreprises qui n’ont pas encore pris le virage aux côtés des gens qui constituent maintenant le plus grand segment de la population active canadienne, la fin est proche.

« Ce qui me préoccupe, c’est qu’une entreprise qui n’a pas engagé de milléniaux afin d’amortir un plan de relève est déjà en retard », dit-il.

« Les entreprises qui n’ont pas adapté leur message à la génération des milléniaux ou qui n’ont pas encore intégré de milléniaux au sein de leur organisation s’éparpillent et [ne seront bientôt plus] ce qu’elles étaient. »

« Prenez les terrains de golf par exemple, que ce soit leurs membres ou leurs dirigeants… ils sont en train de mourir. C’est une mort douloureuse, sans personne avec qui engager la conversation. Mais après tout, ils n'ont jamais essayé. »

Pour Keezer, cette réalité n’est pas déplorable, mais il ne célèbre pas pour autant la disparition d’anciennes entreprises. Toutefois, il se sent porté par les possibilités qui s'offrent aux entreprises qui ont fait le choix de se tourner vers la nouvelle génération et qui ont établi une feuille de route prenant en compte cette évolution démographique.

« Je pense que pour les entreprises qui n’ont pas entamé ce revirement il y a cinq ou dix ans, lorsque les signes commençaient à être visibles, l’avenir sera sombre. Il est plus prometteur pour toutes les entreprises qui ont su s’adapter. »

« Je dirais même plus que c'est une époque très excitante pour les nouvelles entreprises. »

UN BON CADRE DE VIE

Pour Keezer, les milléniaux cherchent avant tout une raison d’être et une certaine flexibilité dans leur travail, ce qui peut être difficile à trouver dans des modèles d'entreprise ou des lieux de travail obsolètes qui hésitent à s'adapter aux nouveaux défis. En tant qu’entrepreneur, il peut offrir plus de liberté à ses employés, une nouveauté pour les jeunes travailleurs.

« Si j’ai fondé mon entreprise, c’est parce que je ne voulais pas devenir un simple travailleur parmi les autres dans une grande entreprise. » Être le « patron » lui permet de mettre ces privilèges à disposition de son personnel, et il en est très fier.

« Ce qui me motive, c’est d’offrir à mes employés un bon cadre de vie », dit-il. « J'ai cette chance de diriger une compagnie et d’être celui qui en définit les valeurs. »

Plus que tout, Keezer espère que ses employés aiment leur travail autant que lui aime le sien.

« Le plus grand privilège est de pouvoir accorder les mêmes droits aux personnes au sein de mon entreprise que ceux que j’ai choisis pour moi-même. »

ROB HORSLEY est auteur indépendant et ancien rédacteur en chef de SEVEN. Il vit à Saskatoon avec son épouse, sa fille et ses fils jumeaux. Bien qu'il soit lui-même un millénial, il n'est pas particulièrement fan d’avocat.